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Expulsion du conjoint violent propriétaire : vos droits face à la violence domestique

27/06/2026
Expulsion du conjoint violent propriétaire : vos droits face à la violence domestique
Un conjoint violent peut être expulsé même s'il est propriétaire. L'ordonnance de protection garantit votre sécurité et vos droits

En France, 271 000 victimes de violences conjugales ont été recensées en 2023, une hausse inquiétante de 10% par rapport à l'année précédente. Face à cette réalité alarmante, nombreuses sont les victimes qui s'interrogent sur leurs possibilités lorsque leur agresseur est propriétaire du domicile conjugal. Peut-on réellement faire expulser un conjoint violent de son propre bien ? La réponse est oui, et la loi protège désormais efficacement les victimes, plaçant leur sécurité au-dessus du droit de propriété. Maître Manon Fesquet, avocate au barreau de Toulon exerçant à Hyères, vous accompagne dans ces démarches complexes avec expertise et humanité pour faire valoir vos droits.

  • L'ordonnance de protection permet l'expulsion immédiate du conjoint violent, même s'il est propriétaire exclusif du logement, avec une durée de protection de 12 mois renouvelable automatiquement en cas de procédure de divorce
  • La procédure accélérée garantit une décision en 6 jours maximum après fixation de l'audience, et en moins de 24 heures pour les situations de danger grave via l'ordonnance provisoire de protection immédiate (OPPI)
  • Le conjoint violent reste tenu de payer les charges du logement (crédit immobilier, impôts fonciers) même après son éviction, sous peine de sanctions pénales de 3 ans d'emprisonnement et 45 000€ d'amende
  • Aucun dépôt de plainte préalable n'est requis pour obtenir l'ordonnance : les certificats médicaux, messages menaçants et témoignages suffisent à constituer votre dossier

L'ordonnance de protection permet l'expulsion du conjoint violent propriétaire

Contrairement à une idée reçue tenace, être propriétaire d'un logement ne constitue pas un bouclier contre l'expulsion en cas de violences conjugales. La loi française, à travers l'ordonnance de protection créée en 2010 et considérablement renforcée par les réformes de 2019 et 2024, établit un principe fondamental : la protection de la victime prime sur le droit de propriété, aussi sacré soit-il dans notre système juridique.

Cette mesure de protection s'applique à toutes les formes d'union - mariage, PACS ou concubinage - et couvre l'ensemble des violences : physiques, psychologiques, verbales, économiques ou sexuelles. Le dispositif fonctionne même lorsque le bien immobilier appartient exclusivement au conjoint violent ou lorsqu'il s'agit de sa résidence avant la mise en couple. Il est intéressant de noter que sur les 4 500 demandes d'ordonnance de protection déposées chaque année en moyenne, 66% sont acceptées et 97% sont introduites par des femmes, dont 89% ont des enfants.

L'attribution du logement à la victime est devenue quasi automatique depuis juin 2024. Le juge aux affaires familiales doit désormais motiver spécialement sa décision s'il refuse cette attribution, en invoquant des circonstances particulières. Cette évolution législative témoigne de la volonté du législateur de permettre aux victimes de rester dans leur cadre de vie habituel, préservant ainsi leurs repères, leur emploi, la scolarité des enfants et leur réseau de soutien.

À noter : Pour faciliter les démarches, la victime dispose de trois options de compétence territoriale pour saisir le tribunal : elle peut choisir le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire du lieu de la résidence habituelle du domicile conjugal, du domicile du défendeur (auteur des violences), ou de la résidence habituelle de l'enfant. Cette flexibilité permet d'adapter la saisine aux contraintes géographiques et de sécurité de chaque situation.

Les conditions nécessaires pour obtenir l'éviction d'un propriétaire violent

Pour obtenir l'expulsion d'un conjoint violent propriétaire, vous devez démontrer au juge la vraisemblance des violences et l'existence d'un danger actuel. Aucun dépôt de plainte préalable n'est requis, contrairement à ce que beaucoup pensent. Cette absence d'exigence facilite grandement la démarche pour les victimes qui hésitent souvent à porter plainte par peur des représailles.

Les preuves à rassembler incluent notamment les certificats médicaux détaillant les blessures physiques ou psychologiques, les photographies des marques de violence, les témoignages de proches ou de voisins, les messages menaçants ou harcelants, le journal des communications électroniques (historique des appels, SMS, emails qui permettent de documenter le harcèlement et constituent une preuve objective des violences psychologiques et verbales), et tout document attestant du climat de violence. Par exemple, une femme ayant conservé les SMS menaçants de son compagnon propriétaire, accompagnés d'un certificat médical attestant d'un état de stress post-traumatique et du témoignage de sa sœur ayant assisté à une scène de violence, dispose d'un dossier solide pour sa demande.

La caractérisation de l'urgence constitue également un élément déterminant. Le juge évalue si le maintien de la cohabitation expose la victime ou les enfants à un danger immédiat. Cette urgence peut résulter d'une escalade récente de la violence, de menaces de mort ou de la présence d'armes au domicile.

L'ordonnance provisoire de protection immédiate pour les cas les plus graves

Depuis juin 2024, une procédure ultra-rapide existe pour les situations de danger grave et imminent. L'ordonnance provisoire de protection immédiate (OPPI) peut être délivrée en moins de 24 heures sur demande du procureur de la République avec l'accord de la victime. Cette mesure d'urgence, bien que temporaire (6 jours), permet une mise en sécurité immédiate sans attendre l'audience contradictoire. Toutefois, il est important de savoir que lors de l'OPPI, il ne sera pas statué sur l'attribution du logement familial en raison de l'absence de cohabitation entre l'auteur des violences et la victime requise pour cette mesure, contrairement à l'ordonnance de protection classique.

Une procédure accélérée pour expulser le conjoint violent propriétaire

La procédure d'éviction suit un calendrier serré qui témoigne de la priorité accordée à la protection des victimes. Après le dépôt de votre requête auprès du juge aux affaires familiales, le conjoint violent est convoqué sous 2 jours seulement. La décision doit être rendue dans un délai maximum de 6 jours après la fixation de l'audience.

L'audience se déroule en chambre du conseil, garantissant la confidentialité des débats. Vous pouvez vous faire assister d'un avocat, et si vos ressources sont insuffisantes, le juge peut vous accorder l'aide juridictionnelle provisoire directement lors de l'audience, vous permettant de bénéficier gratuitement des services d'un avocat.

Une fois l'ordonnance rendue, son exécution peut être immédiate. Le conjoint violent ne bénéficie d'aucun délai de grâce ni de la protection de la trêve hivernale. Contrairement aux expulsions locatives classiques, il peut être contraint de quitter les lieux même entre le 1er novembre et le 31 mars. Si nécessaire, l'intervention se fait avec l'assistance de la force publique et d'un serrurier pour changer les serrures. L'ordonnance est exécutoire à titre provisoire sauf décision contraire du juge et peut être notifiée par voie administrative en cas de danger grave et imminent pour la sécurité de la victime ou lorsqu'il n'existe pas d'autre moyen de notification.

Conseil pratique : Le juge peut ordonner des mesures spécifiques concernant les enfants dans l'ordonnance de protection : suspension des droits de visite et d'hébergement du parent violent, organisation d'un droit de visite en lieu neutre ou en présence d'un tiers de confiance, fixation de la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants, et dans les cas les plus graves, suspension de l'exercice de l'autorité parentale. Ces mesures visent à protéger les enfants de l'exposition aux violences et à garantir leur sécurité physique et psychologique.

Des mesures de protection renforcées et prolongées

Les mesures prononcées dans l'ordonnance de protection s'appliquent désormais pour une durée de 12 mois, contre 6 mois auparavant. Cette extension permet aux victimes de disposer du temps nécessaire pour réorganiser leur vie, engager une procédure de divorce ou déménager si nécessaire.

Le renouvellement devient automatique si une procédure de divorce ou relative à l'autorité parentale est engagée pendant cette période. Les mesures restent alors en vigueur jusqu'à la décision définitive du juge sur ces questions familiales. Néanmoins, ce renouvellement automatique ne s'applique pas à la mesure de port d'un bracelet anti-rapprochement, qui ne peut être renouvelée qu'avec l'accord des deux parties. L'ordonnance peut à tout moment être modifiée, complétée, supprimée ou suspendue selon l'évolution de la situation.

Les aspects financiers de l'expulsion du conjoint violent propriétaire

L'éviction du conjoint violent n'efface pas ses obligations financières. Il reste tenu de continuer à payer les charges du logement, les impôts fonciers et les échéances de crédit immobilier, même s'il ne peut plus occuper les lieux. Le juge peut explicitement ordonner cette prise en charge financière dans l'ordonnance de protection.

En cas de location, la situation diffère légèrement. Si vous êtes co-titulaire du bail, vous pouvez mettre fin à votre solidarité locative en adressant au bailleur une lettre recommandée avec accusé de réception, accompagnée d'une copie de l'ordonnance de protection. Cette démarche vous libère de toute obligation de paiement dès le lendemain de la première présentation du courrier.

Pour les biens en copropriété ou en indivision, la liquidation du régime matrimonial interviendra ultérieurement, lors de la procédure de divorce ou de séparation. Prenons l'exemple d'un couple marié sous le régime de la communauté : l'épouse victime obtient l'éviction de son mari propriétaire à 50% de leur pavillon. Elle continue d'occuper le bien avec ses enfants pendant toute la durée de l'ordonnance, tandis que son époux reste redevable de sa part du crédit immobilier. Le partage définitif du bien interviendra lors du jugement de divorce.

Exemple concret : Madame L., mère de deux enfants, a obtenu en septembre 2024 l'éviction de son conjoint violent, propriétaire exclusif de leur maison à La Garde. Malgré son éviction, Monsieur L. a continué à payer les mensualités du crédit immobilier de 1 450€ conformément à l'ordonnance de protection. Lorsqu'il a cessé les paiements après deux mois, Madame L. a immédiatement signalé cette violation au tribunal, qui a ordonné la saisie sur salaire des sommes dues, permettant ainsi le maintien de la famille dans le logement jusqu'à la procédure de divorce engagée parallèlement.

La gestion complexe du crédit immobilier commun

La solidarité bancaire entre co-emprunteurs perdure malgré l'éviction. Si le conjoint violent cesse de payer sa part des mensualités, la banque se tournera vers vous pour le règlement intégral. Cette situation, bien qu'injuste pour la victime, découle des engagements contractuels pris envers l'établissement de crédit.

Plusieurs solutions existent : demander au juge d'ordonner le paiement intégral par le conjoint violent, négocier une désolidarisation avec la banque si vos revenus le permettent, ou envisager la vente du bien pour solder le crédit. Dans tous les cas, conservez précieusement les justificatifs de paiement pour obtenir compensation lors du partage des biens.

Les sanctions sévères en cas de violation de l'ordonnance de protection

Le non-respect de l'ordonnance de protection constitue un délit pénal lourdement sanctionné. Depuis juin 2024, les peines ont été considérablement alourdies : 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende, contre 2 ans et 15 000 euros auparavant.

Si votre ex-conjoint tente de revenir au domicile, vous approche malgré l'interdiction ou vous contacte en violation de l'ordonnance, contactez immédiatement les forces de l'ordre. Elles peuvent intervenir sans délai et procéder à son interpellation. Le juge peut également ordonner la mise en place d'un bracelet anti-rapprochement, dispositif électronique qui déclenche un système d'alerte si l'auteur se rapproche à moins d'une certaine distance et permet l'intervention immédiate des forces de l'ordre s'il ne s'éloigne pas.

Cette protection s'étend au-delà du seul domicile. L'ordonnance peut interdire au conjoint violent de paraître sur votre lieu de travail, à l'école des enfants ou dans tout autre endroit que vous fréquentez régulièrement. Vous pouvez également obtenir l'autorisation de dissimuler votre nouvelle adresse si vous déménagez pendant la période de protection (cette autorisation s'étend aux listes électorales, l'adresse étant masquée pour toutes les personnes demandant d'accéder à ces listes). Le juge peut même vous attribuer la jouissance exclusive de l'animal de compagnie détenu au sein du foyer, reconnaissant ainsi l'importance du lien affectif avec l'animal dans le processus de reconstruction.

À noter : Au-delà du bracelet anti-rapprochement, le procureur peut activer un téléphone grave danger (TGD) d'une durée de 6 mois renouvelable lorsque l'ordonnance prescrit une interdiction de contact. Ce dispositif permet à la victime d'alerter directement les forces de l'ordre en cas de danger, garantissant une intervention rapide. Pour les personnes étrangères bénéficiaires d'une ordonnance de protection, des protections spécifiques existent : exonération de toute taxe et du droit de timbre lié aux titres de séjour, et délivrance dans les plus brefs délais d'une carte de séjour temporaire « vie privée et familiale » ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle.

L'expulsion d'un conjoint violent propriétaire représente une mesure de protection essentielle qui redonne aux victimes le droit fondamental de vivre en sécurité. Il est important de souligner qu'en comparaison internationale, l'ordonnance de protection reste sous-utilisée en France : elle est douze fois plus souvent demandée en Espagne et dix-sept fois plus souvent accordée. Face à ces situations complexes mêlant aspects humains, juridiques et patrimoniaux, l'accompagnement d'un professionnel du droit s'avère précieux. Maître Manon Fesquet, avocate à Hyères, met son expertise au service des victimes de violences conjugales, les guidant avec humanité et rigueur dans ces procédures d'urgence. Son cabinet propose un accompagnement personnalisé, de la constitution du dossier de demande d'ordonnance de protection jusqu'aux procédures de divorce et de liquidation patrimoniale. Si vous subissez des violences conjugales dans la région d'Hyères, n'hésitez pas à solliciter ses services pour faire valoir vos droits et retrouver une vie sereine.