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À partir de quel âge un enfant peut-il être poursuivi en justice ? Comprendre la responsabilité pénale des mineurs

24/07/2026
À partir de quel âge un enfant peut-il être poursuivi en justice ? Comprendre la responsabilité pénale des mineurs
Votre enfant peut-il être poursuivi pénalement ? Seuils d'âge déterminants, procédures et mesures éducatives selon l'âge

Votre enfant de 12 ans a participé à une bagarre dans la cour de récréation et les parents de l'autre élève menacent de porter plainte. Cette situation, source d'angoisse pour de nombreux parents, soulève une question fondamentale : un enfant peut-il réellement être poursuivi pénalement, et si oui, à partir de quel âge ? Maître Manon Fesquet, avocate au barreau de Toulon exerçant à Hyères, vous éclaire sur ce dispositif complexe qui a été profondément réformé avec l'entrée en vigueur du Code de la justice pénale des mineurs le 30 septembre 2021, remplaçant une ordonnance de 1945 devenue illisible après 40 modifications successives.

  • Aucune poursuite pénale n'est possible avant 10 ans : l'enfant peut uniquement faire l'objet d'une audition libre en présence obligatoire des parents, sans retenue ni garde à vue.
  • Entre 10 et 13 ans, la présomption de non-discernement s'applique : seules des mesures éducatives peuvent être prononcées (avertissement judiciaire, mesure éducative judiciaire avec modules de réparation, placement, insertion ou santé), jamais d'emprisonnement.
  • À partir de 13 ans, l'excuse de minorité est obligatoire : elle réduit systématiquement de moitié les peines encourues jusqu'à 16 ans, et ne peut être écartée qu'exceptionnellement entre 16 et 18 ans par décision spécialement motivée.
  • L'enregistrement audiovisuel des interrogatoires est obligatoire : son absence rend impossible toute condamnation sur la seule base des déclarations du mineur si elles sont contestées ultérieurement.

Les quatre seuils d'âge qui déterminent la responsabilité pénale d'un mineur

Le système français établit des paliers d'âge précis qui conditionnent la possibilité de poursuivre un enfant. Avant 10 ans, aucune poursuite pénale n'est possible. Si votre enfant de 8 ans commet un acte répréhensible, il pourra uniquement faire l'objet d'une audition libre en votre présence obligatoire. Les forces de l'ordre n'ont aucun droit de le retenir ou de le placer en garde à vue. Il vous sera immédiatement remis après l'audition.

Entre 10 et 13 ans, la loi présume que l'enfant n'a pas le discernement nécessaire pour être tenu responsable de ses actes. Néanmoins, pour des infractions graves punies d'au moins 5 ans d'emprisonnement, comme des violences aggravées, une retenue exceptionnelle de 12 heures, renouvelable une fois, devient possible. Durant cette période, la présence de l'avocat est obligatoire dès le début et un examen médical systématique doit être réalisé. Aucune peine d'emprisonnement ne peut être prononcée à cet âge, seules des mesures éducatives et un avertissement judiciaire sont possibles.

La présomption de discernement s'inverse à partir de 13 ans

De 13 à 16 ans, le mineur est présumé capable de discernement, mais bénéficie d'une protection renforcée. La garde à vue devient possible pour 24 heures, renouvelable une fois (avec une précision importante : si l'infraction est punie d'une peine strictement inférieure à 5 ans d'emprisonnement, la prolongation au-delà de 24 heures est impossible). L'examen médical reste obligatoire et automatique dès le début de la garde à vue pour cette tranche d'âge. L'emprisonnement peut être envisagé uniquement en dernier recours, avec application obligatoire de l'excuse de minorité qui réduit la peine de moitié et ne peut jamais être écartée pour cette catégorie d'âge. Par exemple, si un adulte encourt 10 ans pour des violences graves, le mineur de 14 ans ne pourra être condamné qu'à 5 ans maximum. La détention provisoire reste très encadrée : elle ne peut être ordonnée qu'en matière criminelle ou si le mineur s'est volontairement soustrait aux obligations du contrôle judiciaire, avec une durée maximale de 6 mois renouvelable une fois en matière criminelle, ou de 15 jours renouvelable une fois si la peine encourue est inférieure à 10 ans en matière correctionnelle.

Entre 16 et 18 ans, le régime se rapproche de celui des majeurs tout en conservant des atténuations. La garde à vue peut s'étendre jusqu'à 96 heures pour des faits de criminalité organisée (l'examen médical doit être demandé, contrairement aux 13-16 ans où il est automatique). L'excuse de minorité reste la règle mais peut exceptionnellement être écartée compte tenu des circonstances de l'espèce et de la personnalité du mineur, par une décision spécialement motivée du juge permettant alors d'appliquer les peines prévues pour les majeurs. La détention provisoire devient possible dès lors que le mineur encourt une peine criminelle ou une peine d'emprisonnement supérieure ou égale à 3 ans, avec des durées maximales strictes : 2 ans en matière criminelle (3 ans pour le terrorisme), et 2 mois en matière correctionnelle si la peine encourue est inférieure à 7 ans.

À noter : Le contrôle judiciaire peut être prononcé pour les mineurs encourant une peine d'emprisonnement d'au moins 7 ans pour un délit. Sa durée maximale est de 6 mois renouvelable une fois (1 an au total), sauf pour les infractions de terrorisme ou en bande organisée avec une peine encourue d'au moins 10 ans où il peut durer jusqu'à 2 ans. Ce contrôle peut inclure un placement en centre éducatif fermé comme alternative à la détention.

Le discernement : condition essentielle pour poursuivre un mineur en justice

Au-delà de l'âge, c'est le discernement qui constitue le critère déterminant. Juridiquement, il s'agit de la capacité à comprendre et vouloir son acte, ainsi que l'aptitude à saisir le sens de la procédure pénale. Un principe jurisprudentiel fondamental, établi par l'arrêt Laboube de 1956, affirme que toute infraction suppose intelligence et volonté de la part de son auteur. Cette construction jurisprudentielle a d'ailleurs été l'un des fondements des travaux de la Commission Varinard qui, en 2008, avait présenté 70 recommandations pour rendre la justice pénale des mineurs "plus lisible et plus adaptée à l'évolution de la délinquance", proposant notamment la création d'un Code qui ne verra finalement le jour qu'en 2021.

Les présomptions légales peuvent être renversées dans les deux sens. Un enfant de 11 ans particulièrement mature pourrait être considéré comme ayant agi avec discernement si le procureur le démontre par une motivation spéciale. Inversement, un adolescent de 15 ans souffrant de troubles psychologiques pourrait être jugé irresponsable pénalement.

L'évaluation concrète du discernement par le juge

Pour évaluer cette capacité de discernement, le juge s'appuie sur plusieurs éléments : les déclarations du mineur lors des auditions (dont l'enregistrement audiovisuel constitue une garantie procédurale essentielle, son absence empêchant toute condamnation sur la seule base de déclarations contestées ultérieurement), les témoignages de l'entourage familial et scolaire, les circonstances de commission des faits, et éventuellement des expertises psychiatriques ou psychologiques. Le dossier unique de personnalité, qui centralise toutes les informations sur le mineur, constitue également un outil précieux pour cette évaluation.

Exemple concret : Un mineur de 12 ans accusé d'avoir volé un téléphone portable dans le vestiaire du gymnase. L'enquête révèle qu'il a attendu que tous ses camarades sortent, qu'il a fouillé méthodiquement plusieurs sacs, qu'il a immédiatement éteint le téléphone dérobé et l'a caché dans sa chambre en rentrant chez lui. Lors de son audition libre enregistrée, il explique avoir voulu le revendre pour s'acheter des jeux vidéo. Face à ces éléments démontrant la préméditation, la dissimulation et la compréhension parfaite de l'interdit, le procureur de la République du tribunal judiciaire de Toulon pourrait demander le renversement de la présomption de non-discernement par une décision spécialement motivée et engager des poursuites devant le tribunal pour enfants.

Les mesures applicables selon l'âge : de la retenue à la garde à vue

Les différences procédurales selon l'âge sont substantielles. La retenue, applicable aux 10-13 ans, reste limitée à 24 heures maximum et concerne uniquement les infractions graves. La garde à vue, à partir de 13 ans, suit un régime progressif selon l'âge et la gravité des faits. Dans tous les cas, l'enregistrement audiovisuel des interrogatoires est obligatoire, garantie essentielle pour protéger les droits du mineur. En l'absence de cet enregistrement, aucune condamnation ne peut être prononcée sur le seul fondement des déclarations du mineur si celles-ci sont contestées par la suite, constituant ainsi une cause de nullité de la procédure.

Depuis la réforme issue de la loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice du 23 mars 2019 (qui a autorisé le Gouvernement à réformer par ordonnance, aboutissant à l'ordonnance du 11 septembre 2019 ratifiée par la loi du 26 février 2021), la procédure de mise à l'épreuve éducative constitue le parcours standard. Le mineur comparaît d'abord devant le juge dans un délai de 10 jours à 3 mois pour statuer sur sa culpabilité. S'ensuit une période éducative de 6 à 9 mois avec accompagnement personnalisé, avant l'audience de sanction. Cette nouvelle procédure a permis de réduire le délai moyen de jugement à 13 mois contre 20 mois auparavant. Par exception, une audience unique après déferrement peut être organisée pour les mineurs récidivistes ou réitérants, permettant de statuer sur la culpabilité et la sanction en une seule fois, dans un délai de 10 jours à 3 mois (1 mois si le mineur est détenu), à condition que la juridiction dispose d'une connaissance suffisante de sa personnalité.

Conseil pratique : Si votre enfant fait l'objet d'une mesure de retenue ou de garde à vue, exigez immédiatement la présence d'un avocat et vérifiez que l'enregistrement audiovisuel est bien effectué. Ces garanties procédurales sont non seulement des droits fondamentaux mais aussi des conditions de validité de la procédure. L'accompagnement par un avocat expérimenté en justice pénale des mineurs devient crucial dès le début de la procédure pour préserver tous les droits de l'enfant et éviter les nullités procédurales.

Les mesures éducatives prioritaires sur les peines

Avant 13 ans, seules des mesures éducatives peuvent être prononcées. L'avertissement judiciaire, qui fusionne les anciennes mesures d'admonestation et de remise à parents, permet au juge d'expliquer au mineur la gravité de ses actes. La mesure éducative judiciaire (MEJ) comprend quatre modules possibles : réparation envers la victime, placement, insertion scolaire ou professionnelle, et suivi sanitaire. Dès 10 ans, cette MEJ peut être assortie d'interdictions et d'obligations spécifiques : interdiction de paraître dans certains lieux, interdiction d'entrer en contact avec la victime ou les coauteurs, interdiction d'aller et venir sur la voie publique entre 22h00 et 6h00 pour une durée maximale de 6 mois, confiscation de l'objet ayant servi à l'infraction, ou obligation de suivre un stage de formation civique.

  • Le module de réparation peut inclure une médiation avec la victime ou des travaux d'aide
  • Le placement s'effectue en famille d'accueil ou établissement éducatif
  • L'insertion vise le retour à la scolarité ou la formation professionnelle
  • Le module santé permet une prise en charge médicale ou psychologique adaptée

À partir de 13 ans, des peines peuvent s'ajouter aux mesures éducatives, toujours en dernier recours et avec une motivation spéciale du juge. L'emprisonnement reste exceptionnel et l'excuse de minorité s'applique systématiquement jusqu'à 16 ans. Un placement en centre éducatif fermé peut constituer une alternative à l'incarcération dans le cadre d'un contrôle judiciaire. Une innovation majeure du nouveau Code est la déclaration de réussite éducative, prononcée à l'issue d'une mise à l'épreuve éducative réussie : le juge reconnaît l'investissement du jeune dans son suivi judiciaire, peut décider de ne pas faire figurer sa décision au bulletin judiciaire, et cette déclaration ne peut constituer le premier terme d'une récidive, offrant ainsi une véritable seconde chance au mineur qui s'est amendé.

Exemple illustratif : Tom, 14 ans, est poursuivi pour avoir tagué plusieurs bâtiments publics à Hyères, causant 8 000 euros de dégâts. Reconnu coupable lors de l'audience de culpabilité, il entre dans une mise à l'épreuve éducative de 9 mois. Le juge prononce une MEJ avec module de réparation (20 heures de nettoyage des tags avec les services municipaux), module d'insertion (suivi de sa scolarité au collège avec obligation d'assiduité) et interdiction de détenir du matériel de graffiti. Tom respecte scrupuleusement ses obligations, présente ses excuses aux victimes et obtient de bons résultats scolaires. À l'audience de sanction, le juge prononce une déclaration de réussite éducative sans inscription au casier judiciaire, reconnaissant son évolution positive.

Les statistiques révèlent l'ampleur du phénomène : en 2023, 122 000 mineurs ont été mis en cause dans des affaires pénales. Parmi eux, 43% ont bénéficié de mesures alternatives aux poursuites, démontrant la priorité donnée à l'éducatif sur le répressif. Plus préoccupant, 12 000 jeunes de moins de 13 ans sont concernés chaque année par une affaire pénale selon la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

La France s'aligne ainsi sur les recommandations internationales. Le Comité des droits de l'enfant de l'ONU préconise un âge minimal de 12 ans pour la responsabilité pénale. En Europe, les pratiques varient : 10 ans en Angleterre, 14 ans en Allemagne et en Italie, 18 ans en Belgique.

Face à ces enjeux complexes où se mêlent protection de l'enfance et nécessité de réponse pénale, l'accompagnement d'un professionnel du droit devient essentiel. Maître Manon Fesquet, forte de son expérience en droit pénal et droit de la famille, accompagne les mineurs et leurs parents dans ces procédures délicates. Son cabinet à Hyères offre une approche humaine et pédagogique, indispensable pour traverser ces moments difficiles où l'avenir d'un enfant peut se jouer. Si vous êtes confronté à une situation impliquant la responsabilité pénale d'un mineur dans le Var, n'hésitez pas à solliciter ses conseils pour comprendre vos droits et les démarches à entreprendre.