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Comment obtenir une indemnisation après une agression sexuelle : guide complet des dispositifs

30/07/2026
Comment obtenir une indemnisation après une agression sexuelle : guide complet des dispositifs
Guide complet pour obtenir votre indemnisation après agression. CIVI, FGTI, démarches et expertise. Réparation intégrale

Chaque année, environ 220 000 agressions sexuelles sont recensées en France, mais moins de 2% des victimes obtiennent une indemnisation. Traumatisées physiquement et psychologiquement, les victimes d'agression sexuelle se retrouvent souvent démunies face à la complexité des démarches et l'absence d'information sur leurs droits. Maître Manon Fesquet, avocate au barreau de Toulon exerçant à Hyères, vous accompagne dans ces procédures délicates avec une approche humaine et pédagogique. Face aux préjudices subis et au besoin de reconstruction, plusieurs voies d'indemnisation existent, même lorsque l'agresseur reste inconnu ou insolvable.

  • Les victimes de viol peuvent agir en justice jusqu'à 30 ans après leur majorité si les faits ont été commis durant leur minorité (action possible jusqu'à 48 ans), et les victimes de viol sur majeur disposent de 20 ans à compter de l'infraction
  • L'indemnisation via la CIVI est intégrale et sans plafond pour toutes les agressions sexuelles, sans condition de ressources, même si l'auteur reste inconnu ou non condamné
  • Le FGTI verse une provision dans le mois suivant un dossier complet et l'indemnisation forfaitaire classique (15 000€ pour un viol) reste très inférieure à une évaluation poste par poste (100 000 à 200 000€ dans les cas graves)
  • Les victimes de viol bénéficient d'une dispense d'exposition de leur vécu devant la CIVI, évitant ainsi une revictimisation supplémentaire lors de la procédure administrative

Le principe de réparation intégrale pour les victimes d'agression

Le droit français reconnaît aux victimes d'agression sexuelle un droit à la réparation intégrale de leurs préjudices. Ce principe, fondé sur l'article 1240 du Code civil et les articles 706-3 et suivants du Code de procédure pénale, garantit une indemnisation complète sans plafond ni condition de ressources pour ces infractions graves. Pour les infractions sexuelles ayant entraîné une ITT d'au moins 1 mois ou une incapacité permanente, ainsi que pour toutes les agressions sexuelles et viols, l'indemnisation est intégrale (le plafond de 5 000€ avec conditions de ressources ne s'appliquant qu'aux infractions mineures avec ITT inférieure à 1 mois sans incapacité permanente).

Contrairement aux idées reçues, l'indemnisation ne dépend pas d'une condamnation pénale de l'agresseur. La Commission d'Indemnisation des Victimes d'Infractions (CIVI) peut vous indemniser même si l'auteur n'a jamais été identifié, s'il a été déclaré irresponsable pénalement, ou en cas de relaxe. Il suffit que l'infraction soit matériellement établie par des éléments probants comme des certificats médicaux, des témoignages ou un dépôt de plainte. Cette solidarité nationale est financée par chaque assuré français qui, depuis le 22 décembre 2023, contribue à hauteur de 6,50 euros par an et par contrat d'assurance aux biens (contre 4,30 euros depuis 2016) pour alimenter le FGTI.

Plusieurs dispositifs complémentaires permettent d'obtenir réparation : la saisine de la CIVI et du Fonds de Garantie des Victimes (FGTI), la constitution de partie civile dans le cadre pénal, le Service d'Aide au Recouvrement des Victimes d'Infractions (SARVI), et vos assurances personnelles. L'indemnisation représente non seulement une reconnaissance officielle du préjudice subi, mais aussi une sécurité matérielle essentielle pour votre reconstruction.

À noter : Les délais de prescription pénale pour agir en justice varient selon la nature de l'infraction et l'âge de la victime. Pour les victimes de viol durant leur minorité, le délai est de 30 ans à compter de la majorité (action possible jusqu'à 48 ans). Pour les victimes d'agression sexuelle subie à 15 ans ou moins, il est de 20 ans à compter de la majorité (jusqu'à 38 ans). Ces délais allongés permettent aux victimes d'agressions intrafamiliales ayant enfoui les faits de faire valoir leurs droits. Attention toutefois à ne pas confondre ces délais avec celui de 3 ans pour saisir la CIVI qui court à compter de l'infraction ou de la dernière décision judiciaire.

Saisir la CIVI et le FGTI : votre principale voie d'indemnisation victime agression

Étape 1 : Constituer immédiatement votre dossier de preuves

La première étape cruciale consiste à déposer plainte immédiatement après l'agression et faire établir un certificat médical initial détaillé. Ce document médical doit décrire précisément les blessures physiques et le retentissement psychologique, car il établit le lien direct entre l'infraction et vos préjudices. N'hésitez pas à consulter notre guide détaillé sur l'accompagnement juridique des victimes d'infractions sexuelles pour mieux comprendre vos droits.

Photographiez systématiquement toutes les ecchymoses et cicatrices à J0, J7 et J30 avec les mêmes angles et la même lumière. Conservez précieusement tous les justificatifs : arrêts de travail, frais médicaux, ordonnances, attestations de suivi psychologique mentionnant le nombre de séances et le type de thérapie (EMDR, TCC). Ces éléments constitueront la base de votre dossier d'indemnisation.

Étape 2 : Saisir la CIVI dans les délais pour votre indemnisation

Vous disposez d'un délai de 3 ans à compter de l'infraction pour saisir la CIVI. Si une procédure judiciaire a été engagée, ce délai est prolongé d'un an après la dernière décision de justice définitive. Des circonstances particulières comme un traumatisme psychologique sévère, votre jeune âge au moment des faits ou l'enfouissement d'infractions intrafamiliales peuvent justifier un relevé de forclusion. Les victimes de viol et d'agression sexuelle bénéficient d'une dispense qui leur évite d'exposer leur vécu devant la CIVI : du fait de la qualification pénale de l'infraction, elles sont éligibles à une indemnisation intégrale sans avoir à justifier devant la commission de la gravité de leur préjudice (cette dispense ne s'appliquant toutefois pas à l'expertise médicale qui reste nécessaire pour l'évaluation poste par poste).

Complétez le formulaire Cerfa n° 12825*05 et envoyez-le par lettre recommandée avec accusé de réception au tribunal judiciaire compétent (votre domicile ou le lieu des poursuites pénales). Joignez impérativement : votre plainte, les certificats médicaux, vos justificatifs de revenus et frais, votre RIB. Demandez systématiquement une provision dès le dépôt de votre requête pour obtenir une avance rapide.

Étape 3 : La procédure d'indemnisation par le FGTI

Le FGTI dispose de 2 mois pour formuler une offre d'indemnisation. Si le dossier est complet et que le droit à indemnisation n'est pas contesté, le FGTI verse une provision dans le mois suivant la transmission du dossier par la CIVI. Dans 90% des cas, les victimes sont indemnisées par cette voie amiable, évitant ainsi une procédure contentieuse. Vous disposez ensuite de 2 mois pour accepter ou refuser cette offre. Le FGTI doit verser l'indemnisation définitive dans un délai d'1 mois après la notification de la décision d'homologation.

En cas de désaccord, la phase contentieuse s'engage devant la CIVI qui tranchera. Sa décision peut faire l'objet d'un appel dans le délai impératif d'un mois. Pour les agressions sexuelles, l'indemnisation est intégrale, sans plafond ni condition de ressources, couvrant l'ensemble de vos préjudices corporels, psychologiques et économiques.

Exemple concret : Une jeune femme de 25 ans, victime d'un viol en 2022, a déposé plainte immédiatement et constitué un dossier médical complet avec 18 mois de suivi psychologique documenté. Malgré la relaxe de l'agresseur présumé faute de preuves suffisantes au pénal, elle a saisi la CIVI en avril 2023. Le FGTI lui a versé une provision de 10 000€ sous 5 semaines, puis, après expertise médicale contradictoire assistée de son médecin-conseil, une indemnisation totale de 85 000€ évaluée poste par poste : 35 000€ pour le préjudice sexuel, 20 000€ pour les souffrances endurées cotées à 5/7, 15 000€ pour le déficit fonctionnel permanent fixé à 12%, 10 000€ pour le préjudice d'anxiété et 5 000€ pour les frais de suivi psychologique futurs.

Activer les voies complémentaires d'indemnisation après agression

Se constituer partie civile dans le cadre pénal

La constitution de partie civile vous permet de participer activement à la procédure pénale et demander réparation directement à l'agresseur. Vous pouvez vous constituer dès le dépôt de plainte, devant le juge d'instruction, ou jusqu'aux réquisitions du ministère public à l'audience.

Le tribunal peut accorder une provision exécutoire avant même le jugement définitif. Une expertise médicale sera généralement ordonnée pour évaluer précisément vos préjudices. Cette expertise est contradictoire, ce qui signifie que l'auteur peut être présent ou représenté lors de l'expertise - une perspective souvent au-dessus des possibilités psychologiques des victimes, expliquant pourquoi 90% d'entre elles optent finalement pour une indemnisation forfaitaire moindre plutôt que de subir cette épreuve supplémentaire. Cette voie permet néanmoins d'obtenir une reconnaissance judiciaire de votre statut de victime et des dommages-intérêts directement à la charge de l'agresseur.

Mobiliser vos assurances personnelles pour compléter l'indemnisation

Vérifiez immédiatement votre Garantie Accidents de la Vie (GAV) qui peut couvrir les agressions avec un plafond minimal d'un million d'euros. Cette garantie intervient en complément du FGTI, même si l'agresseur n'est pas identifié. Le seuil de déclenchement basé sur le taux d'AIPP varie selon les contrats (1%, 5%, 10% ou 30%).

  • Activez votre garantie protection juridique pour la prise en charge des honoraires d'avocat
  • Déclarez l'agression à votre assureur dans les délais contractuels
  • Vérifiez les garanties de votre mutuelle pour le suivi psychologique non remboursé

Utiliser le SARVI en cas de condamnation non payée

Si vous avez obtenu des dommages-intérêts par décision pénale mais que le condamné n'a pas payé dans les 2 mois, le SARVI prend le relais. Pour les montants inférieurs à 1 000€, l'indemnisation est intégrale. Au-delà, vous recevrez une provision de 30% du montant, comprise entre 1 000€ et 3 000€. La saisine doit intervenir dans les 2 mois suivant la décision définitive.

Conseil pratique : Même si l'agresseur semble solvable au moment du jugement, saisissez systématiquement le SARVI dans les délais pour sécuriser votre indemnisation. De nombreux condamnés organisent leur insolvabilité après le prononcé du jugement, et le dépassement du délai de 2 mois vous priverait définitivement de ce recours. Conservez précieusement l'attestation de non-paiement délivrée par le greffe, document indispensable pour actionner le SARVI.

Maximiser votre indemnisation : préjudices et expertise médicale

Les postes de préjudices indemnisables pour les victimes d'agression

La nomenclature Dintilhac, référence en matière d'évaluation du dommage corporel, distingue les préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux. Les préjudices corporels comprennent le déficit fonctionnel temporaire et permanent, les souffrances endurées (cotées de 1/7 à 7/7), le préjudice esthétique et d'agrément. Le préjudice d'anxiété, distinct des souffrances endurées et du stress post-traumatique, indemnise l'angoisse permanente liée à l'évolution de l'état de santé et aux craintes pour l'avenir - ce poste souvent omis dans les expertises doit être expressément réclamé lors de l'évaluation médicale.

Le préjudice sexuel spécifique, souvent sous-évalué, peut atteindre selon le référentiel Mornet utilisé par de nombreuses juridictions un plafond de 80 000€ pour les cas les plus graves. Il couvre trois dimensions : morphologique (atteinte aux organes génitaux), fonctionnelle (difficultés dans les rapports intimes), et procréative. Il n'existe pas de barème officiel national et l'indemnisation dépend de l'expertise médicale et de la jurisprudence locale. Les préjudices économiques incluent les pertes de gains professionnels, les frais de santé actuels et futurs, l'aide humaine nécessaire. Le préjudice moral et le préjudice d'établissement (qui indemnise l'impossibilité de réaliser un projet de vie familiale normale lorsque l'agression a bouleversé la vie au point de faire perdre une chance de fonder une famille) complètent cette évaluation globale.

L'expertise médicale : étape déterminante de votre indemnisation

Ne vous présentez jamais seul à l'expertise médicale. Faites-vous impérativement assister d'un médecin-conseil qui défendra vos intérêts face à l'expert du FGTI. Préparez minutieusement cette expertise avec un dossier médical complet incluant tous vos suivis psychologiques documentés.

Osez évoquer le préjudice sexuel, souvent minimisé par pudeur mais pourtant indemnisable. L'expertise détermine directement le montant de votre indemnisation, d'où l'importance cruciale de cette étape. Choisissez systématiquement l'évaluation poste par poste selon la nomenclature Dintilhac plutôt qu'une indemnisation forfaitaire globale : l'indemnisation forfaitaire classiquement accordée est de l'ordre de 15 000 euros pour un viol sur adulte, et seulement 5 000 euros si le viol est requalifié en agression sexuelle. Pour des viols répétés sur mineur par un adulte ayant autorité, le forfait a été de 23 000 euros. Ces montants forfaitaires restent très inférieurs à une évaluation poste par poste qui peut atteindre 100 000 à 200 000 euros dans les cas graves.

Éviter les pièges et sous-évaluations de l'indemnisation victime

N'acceptez jamais une offre du FGTI sans l'avoir fait évaluer par un professionnel du droit. Les premières propositions sont fréquemment inférieures aux montants légitimes, notamment par omission de certains postes de préjudice comme le préjudice d'anxiété ou le préjudice d'établissement pour les jeunes victimes dont les perspectives de vie affective sont durablement compromises. Exigez systématiquement un chiffrage détaillé poste par poste et refusez les offres globales non motivées.

En cas d'offre insuffisante, vous disposez d'un mois pour faire appel devant la cour d'appel. L'aide juridictionnelle est accordée sans condition de ressources aux victimes de viol, couvrant intégralement les honoraires d'avocat. Cette protection juridique garantit un accompagnement professionnel sans obstacle financier.

À retenir : La différence entre une indemnisation forfaitaire et une évaluation poste par poste peut représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros. Un accompagnement juridique et médical adapté lors de l'expertise reste le meilleur investissement pour obtenir une juste réparation. N'hésitez pas à demander le report de l'expertise si votre état psychologique ne vous permet pas d'y faire face sereinement : mieux vaut attendre quelques mois supplémentaires que de compromettre définitivement votre indemnisation.

Maître Manon Fesquet, avocate à Hyères, vous accompagne dans ces démarches complexes d'indemnisation après agression sexuelle. Son cabinet propose une approche humaine et rigoureuse, guidant les victimes à chaque étape de leur parcours d'indemnisation. Située à Hyères, Maître Fesquet intervient sur l'ensemble du ressort du tribunal de Toulon pour défendre vos droits et obtenir la juste réparation de vos préjudices.